|
Méditons, aujourd'hui, le mystère de l'Ascension de notre Seigneur, en nous
laissant conduire par la contemplation de la Vierge Marie. Il fut donné de
comprendre cet événement à sainte Marie Madeleine de Pazzi, dans son extase de
l'Ascension du Seigneur en l'an 1585.
Marie voit s'approcher au
ciel l'humanité tirée de son sein, façonnée dans son sang très pur et nourrie
de son lait. Elle se voit élevée au ciel avec lui et, en même temps, rester
ici-bas.
Fixons notre regard sur Marie présente à l'Ascension de Jésus. Elle
contemple son Fils alors que son corps quitte cette terre pour être réuni à son
âme et à sa divinité, pour toujours dans le sein du Père. Elle le contemple se
séparer d'elle, la laissant sur terre, alors que son cœur de mère ne désire
rien d'autre au monde que d'être toujours avec son Enfant bien-aimé.
D'une part, le cœur de Marie ressent une immense joie, parce qu'avec
l'Ascension de son Fils, sa chair et son sang sont élevés à la droite du
Père ; de façon mystérieuse mais réelle, elle aussi est présente dans le
sein du Père et jouit de ses effusions ineffables en embrassant l'humanité de
son Fils avec une tendresse infinie.
D'autre part, Marie doit rester sur terre pour obéir au commandement de son
Fils qui, au pied de la croix, a voulu qu'elle soit la Mère de l'Eglise. Son
Fils n'est plus physiquement présent et l'Esprit Saint n'a pas été encore
répandu ; c'est donc à elle d'accompagner et de soutenir les disciples
dans l'attente confiante du don de la puissance de Dieu et dans l'accueil
généreux des inspirations de l'Esprit. C'est grâce à lui et en lui que les
disciples du Christ pourront témoigner de la Bonne Nouvelle jusqu'aux limites
de la terre ; ils iront jusqu'à leurs forces dernières, dans l'adhésion de
tout leur cœur à l'amour de Dieu qui a voulu faire de chacun des chrétiens un
rayon de sa lumière infinie.
Ces deux mouvements qui habitent le cœur de Marie au jour de l'Ascension du
Seigneur sont constitutifs de notre vocation chrétienne. D'un côté, nous sommes
déjà dans le cœur de Dieu. Avec l'humanité de Jésus, nous aussi nous y avons
pris place, car il est le chef du corps que nous formons. Cela nous engage à
raviver dans notre cœur le désir de la vie éternelle, le désir d'accomplir nous
aussi avec le Christ ce passage définitif de ce monde dominé par le péché et la
mort, au monde de Dieu, où il n'y aura plus ni pleurs, ni peine, ni mort, mais
bonheur éternel.
De l'autre côté, nous sommes appelés à vivre encore dans ce monde, à
accomplir notre vocation missionnaire qui est essentiellement une vocation de
maternité : il ne suffit pas de dire de belles paroles pour être de bons
missionnaires ; comme Marie, nous sommes appelés à engendrer le Christ
dans nos frères, à faire des hommes
autant de membres du corps glorieux du Christ.
Notre participation à la mission de l'Eglise à laquelle chacun de nous est
appelé à prendre une part active, la mission de rendre le Christ présent dans
le monde avec sa force divine de salut, ne peut se contenter de nos
innombrables initiatives en tout genre, au risque parfois d'un activisme
exaspéré. Certes, nous sommes appelés à proclamer l'Evangile, à faire adhérer
les hommes à la foi de l'Eglise ; mais, comme Marie, nous sommes surtout
engagés dans une œuvre qui reste inachevée si nous n'arrivons pas à faire
naître en nos frères humains la vie de Dieu, et cela n'est pas dans nos
possibilités ! C'est une œuvre dont nous ne sommes pas les maîtres :
l'Esprit Saint seul peut la réaliser à travers notre disponibilité à son
action ; ainsi, Marie, l'humble servante du Seigneur, est devenue Mère de
Dieu par la puissance de l'Esprit Saint à qui elle s'est offerte entièrement et
pour toujours.
C'est cela que nous suggère l'apôtre Jean dans le livre de l'Apocalypse,
quand il nous rappelle que l'ennemi de Dieu et de l'homme cherche à empêcher de
toute manière cette vie nouvelle de venir au monde : il est le Dragon prêt
à dévorer l'enfant que la Femme, figure de l'Eglise, de Marie et de toute âme
chrétienne, est en train d'engendrer jusqu'à la fin du monde.
Notre tâche missionnaire, que la fête de l'Ascension du Seigneur nous
rappelle de manière particulière avec le commandement de Jésus à ses disciples
d'aller jusqu'aux limites de la terre, est alors une invitation que nous devons
réaliser tout d'abord et surtout en défendant la Femme ; cette Femme,
c'est l'Eglise, c'est Marie, mais aussi notre propre âme, continuellement
menacées par le dragon infernal, parce que ce qui s'oppose réellement à Satan
et au mal, ce ne sont pas nos discours. Le démon aussi sait en faire, il sait
même se servir de la parole de Dieu, comme il le fit avec Jésus, au
commencement de sa mission, lors des tentations au désert. Non, ce ne sont pas
nos discours, mais une vie nouvelle dans laquelle le démon n'a plus aucune
part, parce qu'elle est toute dominée par la présence et l'action de Dieu.
Demandons à Marie d'augmenter en nous la disponibilité à suivre l'Esprit
Saint qui est présent dans notre cœur et qui seul peut transformer notre vie,
afin que nous aussi devenions dignes de participer, avec tous les saints, à la
gloire éternelle du ciel, là où Jésus est monté nous préparer une place.
|