
| Homélies - Ascension du Seigneur 2010 |
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Méditons, aujourd'hui, le mystère de l'Ascension de notre Seigneur, en nous laissant conduire par la contemplation de la Vierge Marie. Il fut donné de comprendre cet événement à sainte Marie Madeleine de Pazzi, dans son extase de l'Ascension du Seigneur en l'an 1585. Marie voit s'approcher au ciel l'humanité tirée de son sein, façonnée dans son sang très pur et nourrie de son lait. Elle se voit élevée au ciel avec lui et, en même temps, rester ici-bas. Fixons notre regard sur Marie présente à l'Ascension de Jésus. Elle contemple son Fils alors que son corps quitte cette terre pour être réuni à son âme et à sa divinité, pour toujours dans le sein du Père. Elle le contemple se séparer d'elle, la laissant sur terre, alors que son cœur de mère ne désire rien d'autre au monde que d'être toujours avec son Enfant bien-aimé. D'une part, le cœur de Marie ressent une immense joie, parce qu'avec l'Ascension de son Fils, sa chair et son sang sont élevés à la droite du Père ; de façon mystérieuse mais réelle, elle aussi est présente dans le sein du Père et jouit de ses effusions ineffables en embrassant l'humanité de son Fils avec une tendresse infinie. D'autre part, Marie doit rester sur terre pour obéir au commandement de son Fils qui, au pied de la croix, a voulu qu'elle soit la Mère de l'Eglise. Son Fils n'est plus physiquement présent et l'Esprit Saint n'a pas été encore répandu ; c'est donc à elle d'accompagner et de soutenir les disciples dans l'attente confiante du don de la puissance de Dieu et dans l'accueil généreux des inspirations de l'Esprit. C'est grâce à lui et en lui que les disciples du Christ pourront témoigner de la Bonne Nouvelle jusqu'aux limites de la terre ; ils iront jusqu'à leurs forces dernières, dans l'adhésion de tout leur cœur à l'amour de Dieu qui a voulu faire de chacun des chrétiens un rayon de sa lumière infinie. Ces deux mouvements qui habitent le cœur de Marie au jour de l'Ascension du Seigneur sont constitutifs de notre vocation chrétienne. D'un côté, nous sommes déjà dans le cœur de Dieu. Avec l'humanité de Jésus, nous aussi nous y avons pris place, car il est le chef du corps que nous formons. Cela nous engage à raviver dans notre cœur le désir de la vie éternelle, le désir d'accomplir nous aussi avec le Christ ce passage définitif de ce monde dominé par le péché et la mort, au monde de Dieu, où il n'y aura plus ni pleurs, ni peine, ni mort, mais bonheur éternel. De l'autre côté, nous sommes appelés à vivre encore dans ce monde, à accomplir notre vocation missionnaire qui est essentiellement une vocation de maternité : il ne suffit pas de dire de belles paroles pour être de bons missionnaires ; comme Marie, nous sommes appelés à engendrer le Christ dans nos frères, à faire des hommes autant de membres du corps glorieux du Christ. Notre participation à la mission de l'Eglise à laquelle chacun de nous est appelé à prendre une part active, la mission de rendre le Christ présent dans le monde avec sa force divine de salut, ne peut se contenter de nos innombrables initiatives en tout genre, au risque parfois d'un activisme exaspéré. Certes, nous sommes appelés à proclamer l'Evangile, à faire adhérer les hommes à la foi de l'Eglise ; mais, comme Marie, nous sommes surtout engagés dans une œuvre qui reste inachevée si nous n'arrivons pas à faire naître en nos frères humains la vie de Dieu, et cela n'est pas dans nos possibilités ! C'est une œuvre dont nous ne sommes pas les maîtres : l'Esprit Saint seul peut la réaliser à travers notre disponibilité à son action ; ainsi, Marie, l'humble servante du Seigneur, est devenue Mère de Dieu par la puissance de l'Esprit Saint à qui elle s'est offerte entièrement et pour toujours. C'est cela que nous suggère l'apôtre Jean dans le livre de l'Apocalypse, quand il nous rappelle que l'ennemi de Dieu et de l'homme cherche à empêcher de toute manière cette vie nouvelle de venir au monde : il est le Dragon prêt à dévorer l'enfant que la Femme, figure de l'Eglise, de Marie et de toute âme chrétienne, est en train d'engendrer jusqu'à la fin du monde. Notre tâche missionnaire, que la fête de l'Ascension du Seigneur nous rappelle de manière particulière avec le commandement de Jésus à ses disciples d'aller jusqu'aux limites de la terre, est alors une invitation que nous devons réaliser tout d'abord et surtout en défendant la Femme ; cette Femme, c'est l'Eglise, c'est Marie, mais aussi notre propre âme, continuellement menacées par le dragon infernal, parce que ce qui s'oppose réellement à Satan et au mal, ce ne sont pas nos discours. Le démon aussi sait en faire, il sait même se servir de la parole de Dieu, comme il le fit avec Jésus, au commencement de sa mission, lors des tentations au désert. Non, ce ne sont pas nos discours, mais une vie nouvelle dans laquelle le démon n'a plus aucune part, parce qu'elle est toute dominée par la présence et l'action de Dieu. Demandons à Marie d'augmenter en nous la disponibilité à suivre l'Esprit Saint qui est présent dans notre cœur et qui seul peut transformer notre vie, afin que nous aussi devenions dignes de participer, avec tous les saints, à la gloire éternelle du ciel, là où Jésus est monté nous préparer une place.
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