Règle du Tiers Ordre

Préambule

“A maintes reprises et de diverses manières”, le Seigneur a inspiré, à travers l’expérience des religieux, des formes de vie spirituelle riches et attirantes pour les laïcs. Depuis des siècles, le Carmel est une voie privilégiée et sûre pour le chemin de sainteté de nombreux laïcs.

La Règle de saint Albert est comme une source d’où s’écoule le fleuve du charisme. Les valeurs qu’elle exprime ont été traduites en des formes toujours nouvelles, adaptées aux laïcs d’époques et de lieux différents, afin qu’eux aussi puissent incarner concrètement le charisme du Carmel et en vivre la spiritualité dans des expressions appropriées.

 
PREMIÈRE PARTIE :
SPIRITUALITÉ ET CHARISME
 

Vocation à la sainteté

1. Il a plu à Dieu de se faire connaître et de se révéler en entraînant l’humanité dans un dialogue d’amour et de miséricorde. Il a manifesté sa volonté de communion en appelant les hommes et les femmes à partager sa vie. Par l’action de l’Esprit Saint, ce projet se réalise dans le Christ, Parole suprême et définitive du Père, en dehors de laquelle Dieu n’a rien d’autre à révéler.

En Jésus Christ, né de Marie, le Dieu invisible s’adresse aux hommes comme à des amis; il s’entretient avec eux pour les inviter à la communion avec lui, les rendant frères entre eux, en vue de l’unité de toute la famille humaine dans son Royaume.

Par le sacrement du Baptême, les hommes sont introduits dans la vie divine devenant, dans le Saint Esprit, enfants adoptifs du Père et frères du Christ; ils sont appelés à devenir membres de cette immense assemblée de frères qu’est l'Église, le peuple de Dieu, “sacrement, à la fois signe et moyen, de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain.”

2. C’est pourquoi, tous les fidèles, quel que soit leur état de vie, sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité:“cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité” dans la société terrestre.

Les conseils évangéliques que Jésus propose à ses disciples favorisent de façon spéciale un chemin de sainteté et de transformation du monde selon l’esprit des Béatitudes; ils sont vécus de façons diverses dans des formes stables de vie suscitées par l’Esprit Saint et réglementées par l’Eglise.

3. A bien des reprises, dans le Corps Mystique du Christ qu’est l'Église, l'unique et même Esprit a suscité une variété de dons et de charismes, comme ceux des nombreuses familles religieuses; ils offrent à leurs membres les avantages d'une plus grande stabilité dans leur forme de vie, d'une doctrine éprouvée par l’expérience et la vie des personnes saintes, capable de conduire à la perfection évangélique, d'une communion fraternelle dans le service du Christ, et d’une liberté fortifiée par l’obéissance.

4. Certains laïcs, par un appel spécial et une vocation particulière, partagent le charisme des familles religieuses, héritage commun du Peuple de Dieu qui devient, pour eux aussi, une source d’énergie et une école de vie. L'Église approuve et encourage leur démarche, les invitant à assimiler fidèlement les valeurs spécifiques de la spiritualité de ces familles.

 

Tiers-Ordre Carmélitain Séculier

5. L’Ordre des Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel est né vers la fin du XIIème siècle et le début du XIIIème. Un groupe d’hommes, attirés par le souvenir évangélique de la Terre Sainte, “s’y consacrèrent à Celui qui y avait versé son Sang”, menant une vie de pénitence et de prière.

Ces hommes s’établirent au Mont Carmel, près de la source d’Elie. Ils reçurent d’Albert, Patriarche de Jérusalem (1206-1214), une norme de vie conforme à leur demande; ils furent ainsi réunis en une communauté d’ermites groupés autour d’un oratoire dédié à la Vierge Marie.

Après les confirmations d’Honorius III (1126) et de Grégoire IX (1229), Innocent IV (1247) acheva leur chemin de fondation et, après avoir apporté quelques modifications à leur forme de vie, il les inséra parmi les Ordres naissants de Fraternité Apostolique (Mendiants), les appelant à unir contemplation et souci du salut des hommes.

6. Dès qu’ils s’établirent en Europe, les frères accueillirent près de leurs couvents des laïcs qui, d’une certaine manière, furent considérés comme des Carmes. Ceux-ci étaient appelés “oblats” ou “donnés”, car ils offraient leurs biens aux couvents dont ils allaient dépendre pour vivre.

Vu leur grand nombre, il fut nécessaire de créer des maisons propres aux femmes. Ces laïcs étaient appelés aussi “mantellati” parce qu’ils portaient un habit semblable à celui des frères.

7. Progressivement, ces laïcs furent structurés en groupes homogènes avec des obligations analogues à celles des frères; ils reçurent la première approbation juridique de l’Eglise par la bulle pontificale “Cum nulla”, promulguée par le Pape Nicolas V, le 7 octobre 1452.

Cette bulle - en passant par diverses étapes de développement - est à la base du IIème et du IIIème Ordre. Cette même bulle autorisait les Supérieurs de l’Ordre à diriger des groupes de femmes et à en préciser le style de vie.

La concession accordée par la bulle “Cum nulla” fut ensuite explicitée par une autre bulle, “Dum attenta”, de Sixte IV, du 28 novembre 1476. Ces deux documents pontificaux sont les fondements de la structure actuelle de la Famille Carmélitaine.

8. La bulle “Cum nulla” reconnut l’existence de groupes distincts, de voeux solennels ou simples. Peu à peu, quelques unes de ces femmes, qui vivaient seules à l’extérieur du couvent, furent identifiées comme le troisième groupe de la Famille Carmélitaine et furent donc appelées “tertiaires”.

En 1476, le Pape Sixte IV autorisa l’Ordre du Carmel à organiser les divers groupes de laïcs comme les Tiers Ordres des autres Ordres Mendiants.

9. En même temps, apparurent des confréries demandant à bénéficier des privilèges du Scapulaire. Le Prieur Général, Théodore Straccio (1632-1642), chercha à clarifier la situation; il établit un Tiers-Ordre de “continents” où les membres feraient voeux d’obéissance et de chasteté, selon leur état de vie, tandis que les autres laïcs appartiendraient aux confréries du Scapulaire.

10. Déjà au XIXème et au XXème siècles, on avait cherché à valoriser la dimension “séculière” des tertiaires. Dans la Règle approuvée après le Concile Vatican II, cet aspect reçut son expression accomplie.

Aujourd’hui donc, les tertiaires sont appelés à la tâche qui leur revient, c’est-à-dire “d'éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles” à leur juste valeur, en sorte qu'elles soient, à la fois, accomplies selon les valeurs proclamées par le Christ et qu’elles soient à la louange du Créateur, du Rédempteur et du Sanctificateur, dans ce monde tellement sécularisé qu’il semble vivre et agir comme si Dieu n'existait pas (Cf. Const. O. Carm. 1971, n. 13).

Les laïcs carmélitains doivent collaborer à la nouvelle évangélisation qui engage toute l’Eglise: c’est pourquoi, ils veillent à “surmonter en eux-mêmes la rupture entre l’Evangile et la vie, en sachant créer dans leur activité de chaque jour, en famille, au travail, en société, l’unité d’une vie qui trouve dans l’Evangile inspiration et force de pleine réalisation”.

 

Liens avec le Carmel

11. Les membres du Tiers-Ordre reconnaissent dans le Prieur Général, le père spirituel, le chef et le lien d’unité; ils reçoivent de l’Ordre les directives et l’impulsion nécessaires à promouvoir, stimuler et favoriser la réalisation des objectifs du Tiers Ordre carmélitain, tout en gardant eux-mêmes une large autonomie d’initiative et de gestion des fraternités respectives, selon leurs Statuts particuliers.

Accompagnés spirituellement et aidés par le service paternel d’un prêtre, Carme ou non, ou d’un frère ou d’une religieuse de l’Ordre, ce sont eux qui élisent leurs responsables.

12. La profession est le lien fondamental du tertiaire avec le Carmel. Cet engagement s’exprime par une forme de promesse ou, dans certains cas et selon notre ancienne tradition, en prononçant des voeux de chasteté et d'obéissance selon les obligations de son état.

De cette manière, le tertiaire se consacre plus profondément à Dieu et lui offre un culte plus intense. En effet, par sa profession, le tertiaire désire exprimer avec force ses promesses baptismales d'aimer Dieu au-dessus de tout et de renoncer à Satan et à ses séductions.

L'originalité de cette profession réside dans les moyens choisis pour parvenir à la pleine conformité au Christ. Le tertiaire carmélitain sait qu’il paraîtra devant le Seigneur les mains vides; c’est pourquoi il place tout son amour confiant en Jésus Christ qui devient personnellement sa sainteté, sa justice, son amour et sa couronne.

Le coeur du message de Jésus - aimer Dieu de tout son être et le prochain comme soi-même - exige du tertiaire l'affirmation constante de la primauté de Dieu, le refus catégorique de suivre deux maîtres, et le choix préférentiel de l'amour pour les autres opposé à toute forme d’égoïsme et de repliement sur soi-même.

13. L’esprit des Conseils évangéliques, commun à tout chrétien, devient pour le tertiaire un programme de vie qui concerne les secteurs du pouvoir, de la sensualité et des biens économiques. Ils sont un impératif pressant à ne pas servir de fausses idoles et à parvenir à la liberté d’aimer Dieu et son prochain au-delà de tout égoïsme. La sainteté consiste à vivre ce double commandement.

14. Par la profession, le tertiaire s’engage à vivre radicalement l'Évangile dans son état de vie. Il peut choisir librement de faire sa profession sans voeux, c’est-à-dire en promettant uniquement d’observer cette Règle, ou bien avec voeux.

Les tertiaires qui prononcent les voeux sont tenus d’obéir aux Supérieurs de l’Ordre et à leur accompagnateur spirituel en tout ce qui leur est commandé pour leur vie spirituelle en vertu de la Règle. Par le voeu de chasteté, ils s’engagent à pratiquer cette vertu selon les obligations de leur état de vie.

15. Les tertiaires reconnaissent dans les Carmes et les Carmélites consacrés dans la vie religieuse de vrais guides spirituels. En effet, ceux-ci les accompagnent dans leur cheminement pour devenir des contemplatifs et des actifs, dans ce monde de plus en plus complexe et exigeant mais qui, en même temps, recherche avidement des valeurs spirituelles.

C’est pourquoi, les laïcs doivent être accompagnés pour vivre le charisme du Carmel, en esprit et vérité et ouverts à l’action de l’Esprit Saint. Ils s’efforceront de participer et de communier pleinement au charisme et à la spiritualité du Carmel, par une relecture charismatique de leur caractère séculier et par une pleine coresponsabilité dans la mission évangélisatrice et dans les ministères spécifiques du Carmel. En agissant ainsi, les laïcs tertiaires du Carmel deviendront, effectivement et de plein droit, des membres de la Famille Carmélitaine.

16. Les Carmélites et les Carmes consacrés dans la vie religieuse reconnaissent les avantages spirituels et l’enrichissement dont bénéficie toute la Famille du Carmel grâce aux fidèles laïcs qui, sous l’inspiration de l’Esprit Saint et en réponse à un appel particulier de Dieu, promettent librement et délibérément de vivre l’Evangile dans l’esprit du Carmel.

En effet, comme le prouvent les expériences passées, leur participation peut apporter un approfondissement fécond, une interprétation nouvelle de certains aspects du charisme et un nouvel élan de dynamisme apostolique, grâce à “la précieuse contribution de leur caractère séculier et de leur service spécifique.”

 

Appel particulier du laïc carmélitain

17. La vie spirituelle - ou vie dans l’Esprit - commence par l’initiative du Père qui, par le Fils et dans l’Esprit, donne à tout homme ou femme sa vie et sa sainteté. Il appelle chacun à entrer dans une relation mystérieuse de communion avec les Personnes de la Très Sainte Trinité.

Dieu vient chercher la personne, l’attirant à lui et vers son Fils; l’Esprit l’invite à tourner son attention vers Lui, à écouter sa voix, à accueillir sa Parole, en s’ouvrant à son action transformante.

La quête de Dieu du laïc carmélitain et son obéissance au Christ Seigneur sont une réponse - suscitée par l’Esprit - à cette voix, dans le dialogue amical qu’Il établit avec chacun grâce à la Parole faite chair.

La montée du tertiaire commence par un acte de foi qui lui permet d’accueillir Jésus et son mystère pascal comme le sens de son existence et éveille en lui le désir de reproduire Ses traits, en se centrant sur Lui plutôt que sur soi-même. Ainsi, enracinés dans l’Amour miséricordieux de Dieu, les laïcs carmélitains se disposent à gravir le Mont Carmel dont le sommet est le Christ Jésus lui-même.

18. Pour gravir la Montagne, un laïc doit, tout d’abord, suivre Jésus Christ avec tout son être et le servir “fidèlement d’un coeur pur et avec un dévouement total.” L’esprit de Jésus devrait pénétrer sa personne à tel point qu’il puisse répéter avec saint Paul:”Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi”, et que toutes ses actions soient accomplies “dans sa Parole”.

19. Progressivement, Jésus doit devenir la personne la plus importante de son existence, par une relation personnelle, fervente, affectueuse et constante avec Lui.

Cette relation, alimentée par l’Eucharistie, la vie liturgique, la Sainte Ecriture, la prière dans ses formes diverses, amène le tertiaire à reconnaître Jésus dans son prochain et dans les événements quotidiens, à rendre témoignage dans le monde de la force de sa présence.

20. L’appel du Père à suivre le Christ par l’action vivifiante de l’Esprit Saint se réalise dans la pleine appartenance à l’Eglise. Par le sacrement du baptême qui fait de chacun un membre du Corps Mystique de Jésus, le tertiaire est appelé à la sainteté.

Sa plus grande dignité consiste à bénéficier de la vie divine et de l’amour de Dieu répandu en son coeur par l’Esprit. Ainsi, avec tous les hommes, selon la vocation et les dons de chacun, il peut participer à l’admirable édification de l’unique Corps du Christ.

21. Faible et limité à cause de ses misères, l’homme se laisse conduire par l’action de Dieu et s’engage, chaque jour plus profondément, dans un chemin de conversion qui implique la personne, tout au long de sa vie, à chaque niveau, et exige une réorientation radicale vers une transformation progressive.

Conduits par l’Esprit, les tertiaires cherchent à surmonter les obstacles de ce chemin et à se détacher de tout ce qui pourrait les détourner de la montée vers le sommet. En outre, en reconnaissant leurs limites et leurs résistances, ils s’engagent sans hésitation à parcourir un chemin progressif vers l’idéal choisi, sans distorsions.

22. La “montée du Carmel” implique l’expérience du désert, où la vive flamme de l’amour de Dieu réalise une transformation qui permet au laïc carmélitain de se détacher de tout, même de l’image qu’il s’est faite de Dieu, en la purifiant. En se revêtant du Christ, devenu en Lui une nouvelle créature, le tertiaire commence à rayonner telle une vivante image du Christ.

23. Cette transformation progressive permet au tertiaire de discerner les signes des temps et la présence de Dieu dans l’histoire; elle fortifie en lui le sens de la fraternité et d’un engagement sérieux et déterminé en faveur de la transformation du monde.

 

Participation à la mission de Jésus

24. Par le baptême, les laïcs carmélitains participent à la mission de Jésus Christ et la continuent dans l'Église, en devenant comme “une humanité de surcroît” qui se transforme en “louange de sa gloire”. Il est reconnu que les laïcs ont un "rôle propre et absolument nécessaire dans la mission de l'Église."

25. En vertu du sacerdoce baptismal et des charismes qu'ils ont reçus, les laïcs carmélitains sont appelés à construire la communauté ecclésiale, en prenant part à la vie liturgique de la communauté de façon "consciente, active et fructueuse," et en s'engageant à prolonger la célébration liturgique dans la vie quotidienne.

Le fruit de leur rencontre avec Dieu doit donc se manifester dans toutes leurs activités, leurs prières, les initiatives apostoliques, la vie conjugale et familiale, le travail quotidien, le repos spirituel et corporel, et même dans “les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées” et accueillies avec gratitude, comme nous l’enseignent les saints du Carmel.

26. Par leur participation à la mission prophétique du Christ et de l’Eglise, les tertiaires s’engagent, “à travers leurs occupations et leurs soucis temporels”, à assimiler l’Evangile dans la foi, et à l’annoncer par les oeuvres.

Leur engagement les conduit à ne pas hésiter à dénoncer courageusement le mal. En outre, ils sont appelés à participer “autant au sens de la foi surnaturelle de l’Eglise, qui ‘ne peut se tromper dans la foi’, qu’à la grâce de la parole”.

27. En vertu de leur appartenance au Christ, Seigneur et Roi de l’univers, les tertiaires participent à sa mission royale, c’est-à-dire au service du Royaume de Dieu et à sa diffusion dans le monde. La royauté du Christ implique tout d’abord un combat spirituel pour vaincre en eux-mêmes la tyrannie du péché.

Par le don de leur vie, les tertiaires s’engagent à servir avec justice et charité Jésus lui-même, présent en tous ses frères et soeurs, surtout dans les plus petits et les marginaux. C’est ainsi qu’ils rendront à la création toute sa valeur originelle. En ordonnant la création au bien véritable de l’humanité, dans une activité soutenue par la vie de la grâce, les tertiaires participent au pouvoir du Christ ressuscité, attirant à Lui toute chose.

 

Note séculière

28. “Tous les Carmes sont d’une certaine manière dans le monde, mais la vocation des laïcs est celle de transformer le monde présent.” En tant que laïcs engagés, les tertiaires sont donc caractérisés par la note de sécularité, c’est-à-dire qu’ils sont appelés à traiter correctement les affaires temporelles et à les ordonner selon la loi de Dieu.

Ils vivent dans le monde au milieu du peuple, assumant les occupations et les responsabilités séculières, dans les conditions ordinaires de la famille et de la société. Ils sont invités par Dieu à apporter leur propre contribution à la sanctification du monde, s'engageant dans leur travail, selon l'esprit de l'Évangile et animés par la spiritualité carmélitaine qui les guide.

C'est leur vocation d'éclairer et d'orienter les activités du monde “de telle sorte qu'elles se fassent selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur”.

29. Il ne peut y avoir de conflit entre le bien-être temporel et la réalisation du Royaume de Dieu, puisque le monde matériel et le monde spirituel dérivent de Dieu. Cependant, le danger existe de faire mauvais usage des biens temporels. C’est pourquoi, les tertiaires veilleront à mettre les découvertes de la science et de la technologie au service du progrès matériel et spirituel de la vie humaine.

 

Participation au charisme de l’Ordre

30. L’Ordre du Carmel est présent dans l’Eglise par ses frères, ses soeurs de vie cloîtrée ou apostolique, et ses laïcs: chacun participe de manière diverse et progressive au charisme et à la spiritualité de l’Ordre. Les laïcs aussi, en effet, peuvent avoir part au même appel à la sainteté et à la même mission du Carmel. L’Ordre reconnaît leur vocation, les accueille, leur donne une organisation aux formes propres, leur communique les richesses de sa spiritualité et de sa tradition, les fait participer à tous les bienfaits spirituels et aux bonnes oeuvres accomplies par tous les membres de la Famille Carmélitaine. La forme d’agrégation la plus complète et structurée des laïcs est la profession dans le Tiers-Ordre Carmélitain; par celle-ci, les laïcs participent de manière propre et spécifique au charisme de l’Ordre. Le Carmel favorise particulièrement l’adhésion des couples, des familles et des jeunes désireux de connaître et de vivre la spiritualité carmélitaine aussi sous des formes nouvelles, présentant le Tiers-Ordre Carmélitain comme une forme stable et reconnue d’agrégation, qui peut recevoir de ces nouvelles initiatives une sève vitale renouvelée. Le charisme carmélitain, qui a une expérience séculaire dans des cultures et des traditions variées, offre une voie sûre pour parvenir à la sainteté, considérée comme “la mesure suprême de la vie chrétienne ordinaire”.

31. Poursuivant le chemin ouvert par le Concile Vatican II, dans les documents récents, le Carmel a exprimé son charisme sous la forme synthétique que voici:”Vivre à la suite de Jésus-Christ dans une attitude contemplative qui pétrit et soutient la vie de prière, de fraternité et de service”. Nous reconnaissons dans la Vierge Marie et dans le prophète Elie les modèles inspirateurs et paradigmatiques de cette expérience de foi, les guides solides sur les sentiers escarpés qui conduisent “au sommet de la montagne qui est le Christ Seigneur”.

 

La dimension contemplative de la vie

32. Les laïcs carmélitains sont invités, eux aussi, à vivre en la présence du Dieu vivant et vrai qui, dans le Christ, a habité parmi nous; ils cherchent tous les moyens et toutes les occasions pour entrer dans son intimité divine. En se laissant conduire par l’Esprit Saint, les laïcs carmélitains acceptent que leur esprit et leur coeur, leur regard et leurs gestes soient transformés. Leur être tout entier et leur existence s’ouvrent à la reconnaissance de l’action amoureuse et miséricordieuse de Dieu dans leur vie. Ils se découvrent frères et soeurs, appelés à partager le même chemin vers la plénitude de la sainteté et à porter à tous l’annonce que nous sommes fils d’un seul Père et frères en Jésus. Ils s’émerveillent devant les grandes oeuvres accomplies par Dieu, pour lesquelles Il les appelle, par leur engagement, à être des collaborateurs efficaces.

33. “Au Carmel on rappelle aux hommes, pris par tant de préoccupations, que la priorité absolue doit être la recherche du ‘Royaume de Dieu et de sa justice’”. C’est pourquoi, dans la famille, dans le travail, dans le milieu professionnel, dans les responsabilités sociales et ecclésiales qu’ils assurent, dans la vie de chaque jour, dans les relations avec les autres, les laïcs carmélitains cherchent les traces cachées de la présence de Dieu, la reconnaissent et font germer la semence du salut, selon l’esprit des béatitudes, par l’humble et constante pratique des vertus de probité, d’esprit de justice, de sincérité, de délicatesse, de force d’âme, sans lesquelles il n’y a pas de vraie vie humaine et chrétienne.

 

Marie et Elie : présence, inspiration et guide

34. Comme Marie, “la première entre les humbles et les pauvres du Seigneur”, les laïcs carmélitains se découvrent appelés à magnifier le Seigneur pour les merveilles qu’il a accomplies dans leur existence; avec elle, image et première floraison de l'Église, ils apprennent à lire les événements souvent tourmentés de la vie quotidienne à la lumière de la Parole de Dieu. C’est d’elle qu’ils apprennent à accueillir avec disponibilité la Parole de Dieu et à y adhérer pleinement. Marie, en qui le Verbe s’est fait chair et vie, inspire leur fidélité à la mission, leur action imprégnée de charité et d’esprit de service et leur collaboration active à l'oeuvre du salut. Avec Marie, ils avancent sur les sentiers de l’histoire, attentifs aux besoins réels des hommes, toujours prêts à partager avec le Seigneur le sacrifice de la croix et à faire avec lui l’expérience de la paix de la vie nouvelle. Marie est un membre singulièrement éminent de l’Eglise; elle a participé, d’une manière spéciale et croissante, à l’unique médiation entre Dieu et les hommes réalisée en Jésus-Christ, dont l’Eglise est aujourd’hui porteuse et médiatrice dans l’histoire. Les laïcs carmélitains se laissent guider par Marie pour s’engager progressivement dans leur responsabilité de collaborer à l’oeuvre du salut et de communiquer la grâce propre de l’Eglise. Dans l’Ordre, cette action de Marie a été traditionnellement vécue comme une expression de sa charité maternelle envers le Carmel. Se sentant ainsi aimés par une mère si puissante et si tendre, les Carmes ne pouvaient que l’aimer en retour. L’idéal carmélitain correspond ainsi à “se perdre en Dieu dans l’affection maternelle de la Sainte Vierge.”

35. Les laïcs carmélitains partagent la passion du prophète Elie pour le Seigneur et ses droits; ils sont prêts à défendre aussi les droits de l’homme injustement bafoués. Le prophète leur apprend à tout quitter pour pénétrer dans le désert, se laisser purifier et se préparer à la rencontre avec le Seigneur, à accueillir sa Parole. Comme le Prophète, ils sont engagés à promouvoir la véritable religion contre les idoles mensongères. Comme Elie, les laïcs carmélitains apprennent à saisir la présence du Seigneur, qui se révèle à l’homme avec force et douceur, et qui reste le même, hier, aujourd’hui et toujours. Fortifiés par cette expérience transformatrice et vivifiante, les laïcs carmélitains retournent affronter le monde, sûrs que Dieu tient dans sa main la destinée de chacun et de l’histoire.

 

Vie de prière

36. Les laïcs carmélitains mènent une vie de prière intense, centrée sur le dialogue personnel avec le Seigneur, véritable ami de l’humanité. Comme le dit sainte Thérèse de Jésus:”L’oraison... n’est pas autre chose qu’une amitié intime... avec Celui dont nous nous savons aimés”. La prière personnelle et communautaire, liturgique et spontanée, tisse le rapport personnel avec Dieu-Trinité qui anime toute l’existence du laïc carmélitain. Dans la prière, “l’essentiel n’est pas de penser beaucoup, mais d’aimer beaucoup”; par conséquent, plus qu’un exercice, elle est une attitude qui implique la reconnaissance de la main de Dieu, la disponibilité à accueillir l’amour gratuit comme don - non seulement habituel mais actuel -; elle implique une conscience toujours plus profonde de l’action de Dieu qui envahit toute l’existence personnelle, comme l’affirme sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. “La prière, c’est la vie; ce n’est pas une oasis dans le désert de la vie”, disait le bienheureux Titus Brandsma. Et Jean-Paul II confirme que dans le Carmel “la prière se transforme en vie et la vie fleurit dans la prière.”

37. La vie sacramentelle centrée sur l'Eucharistie constitue la source de la vie spirituelle. Les laïcs carmélitains sont appelés à participer intensément aux sacrements: dans la mesure du possible, tous les jours, ils prendront part au sacrifice de l’autel car ce banquet de la vie “contient tout le trésor spirituel de l’Eglise, c’est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque, lui le pain vivant”. Les laïcs carmélitains recevront régulièrement le pardon des péchés et la grâce pour poursuivre leur route; s’ils sont mariés, ils chercheront à vivre leur appel à la sainteté conjugale de façon intense et dans la nouveauté chrétienne.

38. Dans la journée, la Liturgie des Heures rappelle la grâce jaillie de l’Eucharistie et nourrit la rencontre authentique avec Dieu. Les laïcs carmélitains, selon leurs conditions personnelles, peuvent célébrer au moins les Laudes, les Vêpres et les Complies. En fonction des lieux et des circonstances, ils pourront aussi pratiquer d’autres formes de prière liturgique. A l’instar de Marie, les laïcs carmélitains désirent rendre présente l’oeuvre du salut de Jésus, dans l’espace et dans le temps, et également à travers la célébration des divins mystères. Marie nous invite à célébrer la liturgie en imitant ses dispositions et ses attitudes: en mettant en pratique la Parole de Dieu et en la méditant avec amour, en louant Dieu avec allégresse et en le remerciant avec joie, en servant Dieu et nos propres frères avec générosité jusqu’à donner notre vie pour eux, en priant le Seigneur avec confiance et persévérance, dans l’attente vigilante de sa venue.

39. La vie spirituelle ne s’arrête pas à la liturgie. Appelé à la prière en commun, le chrétien est invité aussi à entrer dans sa chambre pour prier le Père dans le secret; mieux encore, selon l'enseignement du Christ, confirmé par l'Apôtre, il est même tenu à prier sans cesse. Les laïcs carmélitains, selon la tradition constante du Carmel, doivent cultiver, au plus haut degré possible, la prière sous toutes ses formes. Ils doivent faire une place importante à l’écoute priante de la Parole de Dieu dans un esprit d’obéissance, la lectio divina, car celle-ci entraîne et transforme toute l’existence du croyant. L’oraison mentale, l’exercice de la présence de Dieu, la prière aspirative, la prière silencieuse, sans compter les autres pratiques de dévotion, ont trouvé une grande place dans la tradition carmélitaine.

40. Les laïcs carmélitains auront une grande dévotion pour le saint Scapulaire, symbole de la charité maternelle de Marie, qui prend l’initiative de garder les frères et les soeurs du Carmel dans son coeur et de susciter en eux l’imitation de ses hautes vertus: charité universelle, amour de la prière, humilité, pureté, modestie. Celui qui porte le Scapulaire est appelé à revêtir intérieurement le Christ pour Le manifester, de façon vivante, présent et à l’oeuvre pour le salut de l’Eglise et de toute l’humanité. Le Scapulaire nous rappelle, non seulement que Marie nous protège tout au long de notre existence, même dans le moment du passage à la plénitude de la gloire, mais aussi que la dévotion mariale ne doit pas se limiter à des pratiques pieuses mais constituer un véritable “’habit’, c’est-à-dire une orientation permanente de notre propre conduite chrétienne”.

41. Comme les disciples au Cénacle, les laïcs carmélitains, rassemblés autour de Marie, se retrouvent pour louer le Seigneur par la méditation des mystères de la vie du Seigneur et de sa Mère: la pieuse pratique du Rosaire peut devenir une source intarissable de spiritualité authentique capable d’alimenter la vie quotidienne.

 

Fraternité

42. Les laïcs carmélitains, soutenus par la grâce et guidés par l’Esprit, qui les encourage à vivre concrètement la vie chrétienne, en suivant les sentiers escarpés du Carmel, se reconnaissent frères et soeurs de tous ceux qui sont appelés à partager le même charisme. “Le laïc carmélitain peut faire communauté de plusieurs manières: en sa propre famille, qui est l’Eglise domestique, dans la paroisse où il est appelé à adorer Dieu avec les autres fidèles et à participer aux activités communautaires, dans sa fraternité carmélitaine, dans laquelle il trouve le soutien pour son chemin spirituel, dans son travail et dans son milieu de vie.”

43. La vie associative des laïcs du Carmel doit rayonner par sa simplicité et son authenticité; chaque communauté doit être un foyer de fraternité où chacun se sent chez soi, accueilli, reconnu, estimé, encouragé dans son cheminement et éventuellement corrigé avec charité et attention. Les laïcs carmélitains s’engagent à collaborer avec les autres membres de la Famille Carmélitaine et avec toute l’Eglise, afin que celle-ci réalise sa vocation missionnaire dans toute condition et situation.

44. La fraternité rayonne aussi à l’extérieur. Chaque laïc carmélitain est comme une étincelle d’amour fraternel lancée dans la forêt de la vie; il est capable d’embraser tous ceux qui s’approchent de lui. A la vie familiale, au milieu de travail ou professionnel, à la vie ecclésiale qu’ils fréquentent, les laïcs carmélitains doivent communiquer l’ardeur qui jaillit d’un coeur contemplatif, capable de reconnaître en tous les traits de la ressemblance avec le visage de Dieu. La communauté des laïcs carmélitains devient ainsi un centre de vie authentiquement humaine, car authentiquement chrétienne. Parce qu’ils se reconnaissent frères et soeurs, ils ressentent l’exigence d’entraîner les autres dans la merveilleuse aventure humano-divine de la construction du Royaume de Dieu.

45. Dans un monde toujours plus uni par des liens multiples et complexes, les laïcs carmélitains seront des témoins de l’universalité authentique; ils sauront valoriser les richesses et les potentialités de chacun et, en reconnaissant leur appartenance à une famille internationale, ils saisiront toutes les occasions pour favoriser une rencontre et un échange fructueux entre les membres de l’Ordre.

 

Service

46. L’Église a pour mission d’étendre le Règne du Christ sur la terre; “elle fait ainsi participer tous les hommes à la rédemption et au salut.” “Comme tous les Carmes, le laïc carmélitain est appelé à quelque forme de service, partie intégrante du charisme donné à l’Ordre.” Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a découvert cette dimension de sa vocation carmélitaine lorsqu’en lisant l’Ecriture Sainte, elle comprit que Dieu l’appelait à être “l’Amour... dans le coeur de l’Eglise”: c’est ainsi que de nombreux tertiaires pourront contribuer de manière fondamentale à l’édification du Royaume. Puisque c'est le devoir des laïcs de vivre dans le monde et au milieu des affaires séculières, c'est là que Dieu les appelle à accomplir la mission de l'Église et à être le levain chrétien dans les activités temporelles dans lesquelles ils sont profondément engagés. “Les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la ‘politique’, à savoir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun.”

47. Sainte Marie Madeleine de’ Pazzi nous rappelle qu’il n’est pas séant d’étancher sa propre soif de contemplation du Christ, si l’on ne cherche pas, tout d’abord, à apaiser Sa soif divine de sauver les âmes par la prière et l’apostolat harmonieusement unis. Les laïcs carmélitains, prêts à témoigner de leur foi par les oeuvres, reçoivent le pouvoir d'attirer les hommes à la foi en Dieu, en devenant ainsi “louange de la gloire de Dieu”. Dans des temps d’égarement et de changement, pour beaucoup ils peuvent être une référence solide. Même le prophète Elie, qui vivait dans un monde en profonde mutation conduisant le peuple à abandonner le vrai Dieu et à se persuader de sa propre suffisance, était soutenu par la certitude que Dieu est plus fort que toute crise et tout danger. C’est pourquoi, dans un monde toujours plus incertain devant les questions fondamentales et dans des temps qui soulèvent de nouveaux problèmes au sujet de la foi, de la morale et de la société, les laïcs carmélitains s’efforcent de créer les occasions opportunes d’annoncer le Christ et de proposer sans cesse le message toujours nouveau du Maître de la vie et de l’histoire, point de référence unique et sûr de chaque existence et aventure humaines.

48. L’expérience du désert - exemplaire dans l’histoire du Prophète - est un passage obligé pour les laïcs carmélitains, car ils sont appelés à y être purifiés avant de rencontrer le Seigneur en vérité. Les laïcs carmélitains passent par le chemin incontournable du désert de la mortification intérieure; ils peuvent ainsi plus facilement écouter le Seigneur qui parle à leur coeur même dans les événements nouveaux et déroutants de la vie du monde, mais aussi par des signes parfois difficiles à interpréter ou par la voix silencieuse et à peine perceptible de l’Esprit. Cette rencontre les rend enthousiastes, ils deviennent ainsi des animateurs infatigables des milieux où ils sont appelés à travailler. Animés d’ardeur suite à cette rencontre, ils sont capables de l’annoncer comme l’unique réponse aux tentations toujours possibles de nier Dieu ou de se suffire orgueilleusement. Soutenus par l’Esprit, les tertiaires ne se laissent pas décourager par les échecs apparents, par un accueil mesquin, par l’indifférence ou par les succès de ceux qui vivent de façon contraire à l’Evangile.

49. Les laïcs carmélitains comprennent et manifestent par leur vie que les activités temporelles et les occupations matérielles les associent au travail transformant et créateur du Père, et sont véritablement au service de leurs frères, en contribuant à la promotion authentique de l’homme. Témoins dans un monde qui ne perçoit pas pleinement ou qui rejette complètement le lien intime et vital avec Dieu dans sa vie quotidienne, ils en connaissent et partagent avec sympathie les attentes et les aspirations profondes; parce qu'ils sont appelés à être “sel de la terre et lumière du monde”, ils annoncent à l’humanité la connaissance du salut.

 

DEUXIEME PARTIE:
STATUTS GENERAUX


I. STRUCTURES

Caractéristiques générales

50. Le Tiers Ordre Carmélitain (TOC), ou Ordre Carmélitain Séculier (OCS), est une association publique de laïcs à caractère international, érigée par privilège apostolique. Son but est de tendre à la perfection chrétienne et de se consacrer à l’apostolat, au moins par l’offrande de la prière et des sacrifices pour les besoins de l’Eglise. Elle participe, dans le monde, au charisme de l’Ordre Carmélitain et se propose de vivre l’Evangile dans l’esprit de l’Ordre des frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel et sous sa “haute direction”.

51. L’Ordre carmélitain se sent enrichi par les fidèles qui, sous l’inspiration de l’Esprit Saint et en répondant à un appel particulier de Dieu, promettent librement et fermement de mener leur vie en suivant les préceptes évangéliques dans l’esprit du Carmel.

Le Tiers-Ordre Carmélitain, comme les autres formes de vie du laïcat carmélitain, exerce une influence sur la structure et l’esprit de toute la Famille Carmélitaine. L’Ordre s’engage à les aider à atteindre le but qu’il s’est fixé: guérir et élever la société humaine par le levain de l’Evangile.

52. Le Tiers-Ordre Carmélitain, ou Ordre Carmélitain Séculier, ainsi que les autres groupes communautaires de personnes s’inspirant de la Règle du Carmel, de sa tradition et des valeurs exprimées dans sa spiritualité, constitue, dans l’Eglise, la Famille Carmélitaine.

53. Il revient au Prieur Général de l'Ordre Carmélitain, comme père spirituel, tête et lien d'unité de toute la Famille Carmélitaine, d'assurer efficacement le bien spirituel du Tiers-Ordre, d'en promouvoir et encourager la croissance et la vitalité, par l’intermédiaire du Délégué Général pour le laïcat carmélitain.

 

Vie en fraternité

54. Le Tiers-Ordre Carmélitain est composé de communautés, habituellement appelées fraternités ou associations, dirigées par les laïcs eux-mêmes selon les normes de cette Règle et les Statuts de chaque communauté, sous “la haute direction” des Supérieurs de l’Ordre ou de leurs délégués. 

55. Selon une ancienne tradition, certains membres du Tiers-OrdreCarmélitain sont appelés à mener une vie communautaire régie par des statuts particuliers.

56. Le Prieur Général de l'Ordre, avec l’accord de son Conseil et le consentement préalable du Prieur Provincial et de l’Ordinaire du lieu, érige canoniquement les communautés. Toutefois le consentement donné par l’Evêque diocésain pour ériger une maison de l’Ordre vaut également pour ériger dans la même maison ou dans l’église qui lui est annexée une communauté du Tiers-Ordre.

 

Sollicitude spirituelle

57. Le Conseil Général, afin de “favoriser un engagement toujours plus grand des laïcs du Carmel dans l’Ordre et dans l’Eglise” et, de façon particulière, les Prieurs Provinciaux, personnellement ou par l’intermédiaire de leurs délégués, prendront un soin spirituel du Tiers-Ordre, conformément aux statuts provinciaux.

Avec sollicitude, ils doivent surtout soutenir de leur compétence les communautés du Tiers-Ordre, afin qu’elles soient imprégnées de l’esprit authentique du Carmel ils veilleront aussi à ce que, dans leurs activités, les membres du Tiers-Ordre demeurent fidèles aux principes et aux directives de l’Ordre.

Ils doivent aussi faire en sorte que les communautés apportent leur aide aux oeuvres d’apostolat existant dans le diocèse, en coopérant, sous la direction de l’Ordinaire du lieu, avec les autres associations de fidèles qui sont ordonnées au même but, dans le territoire du diocèse.

58. Les assistants spirituels locaux sont généralement des prêtres de l'Ordre. Lorsque cela n’est pas possible, ce service d’assistance spirituelle peut être confié à un frère ou à une soeur d’une communauté appartenant à l’Ordre, ou même à d’autres prêtres, de préférence membres du Tiers-Ordre, capables d’exercer cette charge dans l’esprit du Carmel.

Les assistants spirituels sont nommés pour une durée déterminée de cinq ans renouvelable par le Prieur Général ou le Prieur Provincial, après consultation des officiers majeurs de chaque communauté. S’il s’agit d’un prêtre non Carme, il faut l’accord de son Ordinaire.

 

Gouvernement

59. Tous les membres font partie de l’organe suprême de gouvernement qui est l’Assemblée Générale de l’Association ou de la communauté; des Statuts en déterminent les compétences et le mode de fonctionnement.

60. Chaque communauté ou fraternité est dirigée par un Conseil composé d'un Assistant spirituel, du Modérateur (ou Responsable) et de deux ou plusieurs Conseillers (quatre au maximum), selon le nombre des membres de la fraternité et ce qui est établi dans les Statuts locaux. Le Responsable de la formation fait également partie du Conseil.

61. C'est au Conseil, et en particulier au Modérateur, avec l'aide de l'Assistant spirituel, de faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir les intérêts de la communauté, afin que ses membres puissent répondre de leur mieux à leur vocation de laïcs engagés dans la construction du Royaume du Christ en eux-mêmes et dans le monde, selon l'esprit et le charisme du Carmel, auquel ils ont été appelés par l'Esprit qui distribue ses dons selon sa volonté. Cette responsabilité doit être assurée dans un esprit de service évangélique, en écartant toute forme de pouvoir despotique.

 

Institution des Responsables

62. Les membres du Conseil, à l’exception de l’Assistant spirituel, sont élus par l’Assemblée Générale de la communauté pour un mandat de trois ans. Le Modérateur doit être confirmé par le Prieur Général ou le Prieur Provincial.

63. Les élections des membres du Conseil, présidées par l’Assistant spirituel, se déroulent selon les règles établies par les Statuts locaux et dans le respect des normes établies par le droit commun de l’Eglise.

64. Le Conseil désigne, à son tour, le Secrétaire, le Trésorier et d’autres Officiers éventuels, en fonction des nécessités et des dimensions de la fraternité. Les Statuts locaux doivent déterminer aussi les fonctions des divers Officiers, leurs devoirs et leurs attributions; si cela est prévu dans les Statuts locaux, le Secrétaire et le Trésorier feront partie du Conseil.

65. Dans des circonstances spéciales et pour des raisons graves, l’autorité ecclésiastique, c’est-à-dire le Prieur Général ou Provincial, peut nommer un Commissaire qui, en son nom, dirigera temporairement la communauté.

66. Pour une juste cause, celui qui l’a confirmé peut révoquer le Modérateur, après avoir entendu les Officiers majeurs de la communauté et le Modérateur lui-même, conformément aux Statuts.

Pour des raisons graves, l’Assistant spirituel peut être également révoqué de sa charge, conformément aux canons 192-195 par celui qui l’a nommé, en observant les mêmes conditions.

 

Administration des biens

67. Le Tiers-Ordre en tant que tel et chacune des communautés des tertiaires du Carmel érigées canoniquement acquièrent, en vertu du décret d’érection, la personnalité juridique conformément aux normes du droit canonique et reçoivent mission, dans la mesure où cela est requis, pour poursuivre au nom de l’Eglise les buts qu’ils se proposent d’atteindre.

68. Le Tiers-Ordre Carmélitain et chacune de ses communautés en tant que personnes juridiques publiques sont des sujets capables d’acquérir, de conserver, d’administrer et d’aliéner des biens temporels selon le droit canonique; tous leurs biens sont des biens ecclésiastiques et sont régis par le droit commun de l’Eglise ainsi que par leurs Statuts propres, qui, en harmonie avec le droit canonique déterminent la manière de les administrer.

69. Les Statuts de chaque communauté déterminent à qui revient d’en administrer les biens. Celui-ci peut accomplir tout acte d’administration ordinaire. Pour accomplir des actes d’administration extraordinaire, il faut :

a) l’autorisation du Prieur Général de l’Ordre Carmélitain avec l’accord de son Conseil

b) l’autorisation du Saint-Siège pour les actes dont la valeur dépasse la somme fixée par le Saint-Siège ou ayant pour objet des biens de grande valeur artistique ou historique ou donnés à l’Eglise comme “ex-voto”.

70. Le patrimoine du Tiers-Ordre et de chaque fraternité particulière est constitué par tous les biens mobiliers et immobiliers qui de quelque façon leur sont parvenus et, en particulier, par les apports faits à leurs membres, par des bienfaiteurs, des bénéfices de leurs activités, des offrandes, des donations, des héritages, des legs et des acquisitions à tous les titres.

 

L’extinction et la suppression.

71. Pour des causes graves, après avoir consulté le Prieur Provincial et les Officiers majeurs de la communauté, le Prieur Général avec l’accord de son Conseil peut supprimer une communauté.

Les Statuts locaux établissent la procédure de l’éventuelle extinction; à défaut s’appliquent les normes du droit commun. La consultation préalable des autorités compétentes de l’Ordre est toujours nécessaire.

72. Dans le cas de suppression ou d’extinction d’une communauté du Tiers-Ordre, ses biens et ses droits patrimoniaux ainsi que ses charges reviennent à la personne juridique immédiatement supérieure ou, s’il n’y en a pas, à la Province de l’Ordre dans laquelle se trouve cette communauté; si par contre la communauté se trouve hors des Provinces de l’Ordre, les biens et les droits patrimoniaux reviennent directement à l’Ordre.

 

Droit propre et son interprétation

73. Les communautés des tertiaires sont régies par cette Règle approuvée par le Saint-Siège; toutefois, il est conseillé qu’au niveau national, provincial ou local, il y ait des Statuts particuliers qui déterminent les aspects propres du lieu. Ces Statuts doivent être approuvés par l’autorité compétente de l’Ordre, c’est-à-dire le Prieur Général ou le Prieur Provincial avec l’accord des Conseils respectifs, selon ce qui est établi dans les Statuts.

74. Pour une meilleure collaboration réciproque et dans un but d’unité entre les différentes communautés, il est souhaitable que soient institués des Conseils aux différents niveaux: régional, national, international. Ceux-ci seront régis par des Statuts propres approuvés par l’autorité compétente de l’Ordre.

75. Le Saint-Siège est l’autorité compétente pour interpréter authentiquement les normes de cette Règle. Le Prieur Général de l’Ordre avec l’accord de son Conseil, peut en donner une interprétation pratique, chaque fois que cela sera nécessaire.

 

II. APPARTENANCE ET FORMATION

 

Admission

76. Peuvent être membres du Tiers-Ordre Carmélitain toutes les personnes qui répondent aux conditions suivantes: professer la foi catholique, vivre en communion avec l’Eglise, avoir une bonne conduite morale, accepter cette Règle et vouloir vivre et agir dans l’esprit du Carmel. Les clercs diocésains peuvent être membres effectifs du Tiers-Ordre Carmélitain et y participer à plein titre, mais sans la particularité séculière, dans la mesure où celle-ci est incompatible avec leur état clérical.

77. Les laïcs qui le demandent sont admis au Tiers-Ordre et inscrits à une communauté par l’Assistant ou par le Prieur Provincial dont elle dépend, ou par le Prieur Général ou son Délégué, avec l’accord des Conseils respectifs, étant sauf le n. 82.

78. Ceux qui vivent loin d’une communauté et ne peuvent pas participer à sa vie, peuvent cependant être admis au Tiers-Ordre, pour des raisons particulières, même s'ils ne sont pas inscrits à une communauté déterminée, pourvu que, étant sauves les normes qui concernent l'admission et la profession, ils vivent selon la Règle du Tiers-Ordre du Carmel et sous la direction de supérieurs ou de leur confesseur. Toutefois, un contact fréquent avec l’Assistant de la communauté la plus proche est recommandé. Les Statuts doivent déterminer ce qui concerne leur formation initiale et permanente.

79. Les candidats au Tiers-Ordre Carmélitain doivent être des catholiques pratiquants, âgés de 18 ans au moins, si les Statuts locaux ne le prévoient pas différemment, et doivent présenter une lettre de recommandation de leur Curé ou d’un prêtre qui les connaît. Rien n’empêche qu’ils appartiennent à un autre Tiers-Ordre ou à une autre association, sauf si les Statuts locaux en décident autrement.

 

Formation

80. Après une période convenable de discernement, déterminée par les Statuts, les candidats sont admis à la phase de formation spirituelle, selon les normes des Statuts locaux.

81. Cette période de formation initiale durera au moins un an; durant ce temps, les candidats étudieront et vivront la Règle du Tiers-Ordre, apprendront à connaître la spiritualité et l’histoire du Carmel, ainsi que les grandes figures de l’Ordre, sous la direction du responsable de la formation qui, avec tout le Conseil, aura la responsabilité d'assurer une instruction suffisante, en utilisant les moyens et les personnes les plus convenables.

82. Au terme de la préparation, le Conseil peut inviter ceux qui se sentent particulièrement poussés par l'Esprit Saint à se consacrer plus étroitement à Dieu par les liens des voeux ou par des promesses qui, dans l'esprit du Baptême, les amèneront plus efficacement à vivre l'Évangile dans toute sa plénitude, selon les directives de la Règle. Pour l’admission aux voeux ou aux promesses, on doit suivre ce qui est établi au n. 77.

 

Profession

83. La profession se fera selon le rituel propre du Tiers-Ordre.

a) La première profession se fera pour une période de trois ans, durant lesquels les frères et/ou les soeurs vivront pleinement la vie de la communauté, tout en poursuivant leur processus de formation et en approfondissant les divers aspects de la vie carmélitaine.

b) Au terme des trois ans, après le discernement préalable et l’approbation du Conseil de la communauté, le frère et/ou la soeur pourra prononcer sa profession définitive ou perpétuelle.

c) Tous les ans, à l’occasion de la Commémoration solennelle de la Bienheureuse Vierge du Carmel, notre Mère et notre Soeur, les membres du Tiers-Ordre, personnellement ou communautairement, sont invités à renouveler leur profession.

84. L’insertion visible dans le Tiers-Ordre pourra se faire par la remise de l’habit traditionnel ou du Scapulaire; les Statuts locaux en fixent l'usage.

85. Chaque communauté tiendra un Registre des inscrits sur lequel seront notés les noms, la date de la profession et toutes les autres informations opportunes.

86. Les membres des communautés du Tiers-Ordre qui s’acheminent vers les Ordres sacrés, après la profession définitive dans une communauté du Tiers-Ordre, peuvent, là où les Statuts le prévoient, être incardinés à l’Ordre carmélitain par l’ordination diaconale; à partir de ce moment, ils dépendent du Prieur Général comme leur Ordinaire, sauf en ce qui concerne les obligations dérivant de leur appartenance à la communauté du Tiers-Ordre. Dans ce cas, les relations entre le clerc tertiaire et l’Ordre Carmélitain seront réglées par les Statuts propres de ce groupe et acceptées par le Prieur Général avec une convention spéciale.

87. Chaque communauté doit établir son programme de formation permanente.

 

Apostolat

88. Les membres du Tiers-Ordre s’engagent dans l’apostolat sous des formes variées: de la prière à la collaboration dans les diverses activités ecclésiales, jusqu’à l’offrande de leur propre souffrance en union avec le Christ.

89. Les Statuts locaux établissent les modalités des activités apostoliques qui peuvent se concrétiser dans les formes les plus variées que la vie moderne exige et offre. Par leur action commune, les laïcs carmélitains tendent au développement d’une vie plus parfaite. Certains peuvent s’engager dans la promotion du message chrétien, d’autres dans la réalisation d’oeuvres apostoliques, d’évangélisation, de piété et de charité, toujours dans le but d’animer l’ordre temporel avec l’esprit chrétien. Le travail ou la profession eux-mêms, exercés tant individuellement qu’en groupe ou en communauté, peuvent être une manière de réaliser l’appel à l’apostolat.

 

Droits et obligations

90. Tous les membres du Tiers-Ordre Carmélitain ont les mêmes droits et les mêmes devoirs établis par les Statuts provinciaux ou locaux.

91. Les tertiaires carmélitains se rassembleront périodiquement, selon les temps et les manières opportuns établis par les Statuts, pour former ensemble une communauté au milieu de laquelle la parole du Christ habite en abondance; pour s'encourager mutuellement à progresser dans l’assimilation du charisme de l'Ordre auquel ils appartiennent, afin d'être membres vivants de l'Église; pour participer aux aspirations, aux initiatives et aux activités de la Famille Carmélitaine toute entière, afin que celle-ci puisse exercer pleinement dans le Corps du Christ la mission que le Seigneur ne cesse de lui confier.

92. Les communautés doivent établir dans leurs Statuts locaux la manière d’assister spirituellement les frères ou les soeurs âgés ou malades.

93. Pour cela, ils s’inspireront volontiers aussi de la spiritualité et des enseignements des grands saints que Dieu a suscités dans le Carmel.

94. Chacun peut quitter librement le Tiers-Ordre Carmélitain, en présentant une demande écrite au Conseil qui est autorisé à l’accepter. Les membres peuvent également être démis pour une juste cause, c’est-à-dire pour les raisons établies par le droit commun, mais aussi pour des infractions répétées et injustifiées aux obligations propres. Conformément aux Statuts, cette décision revient au Conseil, l’intéressé ayant été entendu et averti. Celui-ci peut toujours recourir à l’autorité ecclésiastique compétente, c’est-à-dire au Prieur Général ou Provincial.

 

CONCLUSION

Les membres du Tiers-Ordre du Carmel s’engageront à incarner en eux-mêmes la vocation carmélitaine exposée dans cette Règle. Ils entreprendront le court et unique voyage de la vie terrestre, comme une colonie de citoyens dont la patrie est le ciel, cherchant à connaître, avec l’aide des saints, toutes les dimensions de “la charité du Christ qui surpasse toute connaissance”. Avec des aspirations ferventes et un vif désir, ils se hâteront de rejoindre ce lieu que le Seigneur, en partant, a promis de nous préparer. Enracinés et fondés dans la charité, toujours vigilants et munis de leurs lampes allumées, conscients que “au soir de la vie on sera interrogé sur l’amour”, ils multiplieront leurs talents, afin qu’à l’heure de leur mort, ils méritent d’entendre le Seigneur les inviter à entrer dans sa joie.